Ásta

Jón Kalman Stefánsson, Éd. Grasset/Folio

Quand j’étais petite, on disait des aurores boréales qu’elles étaient les rêves du bon Dieu. Ce n’est sans doute pas faux, car si Dieu existe, ses rêves ne peuvent qu’être empreints de beauté. J’avais l’habitude de demander à ma nourrice de m’expliquer tout ce que je ne comprenais pas […] Quelle idée saugrenue. Enfin, ma petite, où vas-tu chercher tout ça ? Dieu ne rêve pas. Celui qui connaît la vie et la mort, qui connaît chaque journée, qui connaît le début et la fin, n’a nullement besoin de rêver. Les rêves sont réservés à ceux qui, comme nous, n’en savent pas plus que ce que la vie leur apprend.

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La part manquante

Christian Bobin, Éd. Gallimard

Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre. On va à l'aventure. On prend un livre dans ses bras, puis on le quitte, on va vers le suivant. Les livres sont faits de poussière. Les livres sont faits de vent. Les livres sont faits du plus précieux des songes : poussière et vent. On y chemine, on les traverse. On les oublie. Parfois c'est autrement. Parfois on reste auprès du livre, auprès du feu. Parfois on sait que l'on a tout trouvé, en une seule fois, en une seule phrase. C'est une phrase qui vous concerner à peine. Elle est négligeable et elle vous emmène d'un seul coup jusqu'au terme de vos jours. Elle dit beaucoup plus que tout ce qu'elle dit.            

Bambi

Félix Salten

 Il était hors de lui, complètement fou. Gauchement, il bondit sur place, trois, quatre, cinq fois. C’était plus fort que lui ; il n’y pouvait rien. Il avait une terrible envie de bondir. Ses jeunes membres s’étendaient avec une telle vigueur, sa respiration se faisait si profonde, si légère, il buvait à chaque inspiration toutes les senteurs de la prairie avec une telle gaieté, une telle exubérance qu’il ne pouvait s’empêcher de bondir. »