Le sel de la vie

Françoise Héritier

Photo : Stefan Johnson

J’ai voulu traquer l’imperceptible force qui nous meut et qui nous définit. Elle dépend naturellement de notre histoire de vie, mais elle n’est pas passéiste : elle est l’essence même et la justification, bien qu’ignorée, de toute action présente et à venir. « Je » ne serait pas ce qu’il est si certains événements ne s’étaient pas produits, qui ont canalisé sa vie, mais aussi si « je » n’avait pas eu la possibilité de ressentir telle émotion, de vibrer à telle occasion, de faire telle expérience avec son corps. […] Il faut garder du temps pour constituer ce florilège intime de sensualité qui peut pourtant se partager, substrat fondamental de la « condition humaine ». Quand on utilise cette expression et bien d’autres (pensons à la « vallée des larmes » qu’est censée être l’existence sur Terre !), on en vient toujours à l’expérience brûlante de la douleur et cruciale de la mort. Oui, mais c’est aussi cette capacité d’avoir du « goût », comme on dit en Bretagne, de l’appétence, du désir, cette capacité de sentir et de ressentir, d’être mû, ému, touché, et de communiquer tout cela à d’autres qui comprennent ce langage commun.

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