En perpétuelle offrande

François Cheng

Soudain, au-devant de soi, l'évidence.
Ce quelque chose d'étrangement déchiré,
Ou de déchirant, néanmoins d'un bloc,
Entier, indivis, venant de très loin,
Ou de très près, au-devant de soi,
Ébranlant corps et âme, évidente présence.
Un monde est là : les nuages
Qui planent, la source qui coule,
Le pré qui s'étire, les arbres
Qui veillent, les cris de cigales
Sous l'injonction d'un rayon,
Le sifflement des aiguilles de pin
Au passage de la brise, l'invisible
Tapisserie que tissent les vols
Croisés des guêpes et des libellules...
Chaque chose en son lieu, en son temps,
Toutes choses en leur lieu, en leur change,
Un monde de partage, comme prévu
Ou imprévu depuis l'origine, advenu
En cet instant de l'éternelle donation,
Ici retourné par un regard étonné.

En perpétuelle offrande

Photo : Corey Oconell

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